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Vagues de l'âme

Les vagues sont ma passion, je peux passer des heures, des jours à les contempler et les photographier. Les plus belles et grandes vagues qu'il m'ait été donné de vivre sont celles du passage Drake et du Cap Horn. Au cours d'une grande aventure maritime et humaine qui devait m'amener à la voile vers l'Antarctique et durant une tempête de force 12, j'ai connu l'éveil de la puissance et de la force des océans à bord d'un voilier de 13 mètres.


Le Drake est un large bras de mer qui sépare la pointe sud de l'Amérique et la péninsule Antarctique, entre le Cap Horn et les îles Shetland du Sud en Antarctique. Orienté ouest-sud-ouest/est-nord-est, il relie le sud-est de l'océan Pacifique, le sud-ouest de l'océan Atlantique (mer de la Scotia) et l'océan Austral. C'est une des zones maritimes de la planète qui connaît les pires conditions météorologiques. La fin de l'été austral était proche et sans météo impossible de savoir si l'hivers serait précoce ou non. Nous avions passé le Détroit de Lemaire sous spi à notre grand bonheur, mais avec des conditions météo si favorables nous n'étions pas tranquilles, la météo change très vite dans cette zone? Nous avions le Cap Horn à passer en fin de journée avec des nuages annonciateurs d'une dépression atlantique. Nous l'avons passé sans problème et à la tombée de la nuit alors que nous avions viré de bord plein sud dans le Drake la météo s'est dégradée très rapidement. Ce fut le début d'une série de 3 tempêtes qui se sont succédées. La 1ère dépression venait de l'Atlantique, la 2ème de l'Antarctique et la 3ème du Pacifique. Après plusieurs jours passés à essayer de survivre dans le passage Drake, la dernière dépression a généré une mer démente ou les vagues se croisaient en raison du cumul d'énergie des 3 dépressions. Les vagues, d'une hauteur considérable, égale à la hauteur de notre mat, nous bousculaient de toutes parts. L'eau chargée en oxygène formait une écume blanche qui recouvrait l'océan diminuant la portance de notre voilier. Le vent cisaillait la tête des vagues déferlantes, projetant dans l'air des chevelures folles à contre vagues. En fin de journée un soleil encore fort projetait sur les vagues une lumière qui transformait l'eau en métal liquide. Le spectacle était indescriptible. Alors que j'étais accroupi et cramponné au mat pour filmer la scène, j'ai senti en moi l'abandon de la peur, une petite voix dans ma conscience m'a rempli de cette pensée : "tu t'accordes ou tu péris". J'ai senti s'intégrer toutes les molécules de mon corps et de mon Ame dans cet océan vivant, la peur a disparu de ma vie. Quelques minutes après le voilier à chaviré et notre vie n'a tenu qu'a cet accord avec l'océan. Les vagues depuis font partie de mon énergie, de ma force, et je ne connais rien de plus beau sur notre planète TERRE. Elles sont pour moi les Vagues de l'âme.

Merci aux océans, merci la vie.